Chef-d'oeuvre en péril : le style Milonguero

Pourquoi les inestimables tapisseries moyenâgeuses dites « Des Mille Fleurs » ont-elles servi à couvrir les murs des écuries royales ? pour cacher l'humidité ! Il était d'usage courant à l'époque que les dames aient un ouvrage, cette banalité a fait passer inaperçues certaines oeuvres magnifiques.

Maints autres chefs-d'oeuvre sont restés entreposés, oubliés, relégués dans des endroits où le temps ne pouvait qu'avoir raison d'eux.

Certains grands musiciens nous ont laissé des traces à travers des compositions fabuleusement riches.

Les Milongueros nous laissent aussi un patrimoine mais celui-ci il faut aller le dénicher dans leur corps. En Argentine, ils sont vénérés, entourés de jeunes danseurs qui ont conscience qu'ils sont porteurs d'une culture qui se meurt. Combien reste-t-il d'authentiques milongueros à Buenos-Aires ? On peut les compter sur les doigts d'une main. Un milonguero c'est 30, 60 ans de pratique de bal au cours desquels il a développé une fine écoute musicale pour une interprétation subtile avec sa partenaire.

Pas de figures extravagantes, juste un paysage intérieur qu'il dessine et offre en cadeau à sa partenaire.

En écrivant ces lignes, j'apprends que Carlos Gavito vient de nous quitter, je le pleure comme le font sans doute bien des milongueras de par le monde... « Dios me quita la vida »

Antoinette Ben Kerroum-Covlet - juillet 2005